Conférences en salle

Pause des vacances de la Toussaint

Reprise des conférences en salle mardi 3 novembre

Quand les artistes réinventent les blouses de la rentrée

Le rituel de la rentrée s'accompagne souvent du choix d’une nouvelle tenue. Pour annoncer la reprise de mon cycle Expos, voici un aperçu du vestiaire de deux figures marquantes des Années folles : Tamara de Lempicka et Foujita. Quelques éléments de leurs garde-robes sont actuellement mises à l'honneur au musée Bourdelle dans une nouvelle exposition, L’étoffe de l’artiste.

Pour ces deux peintres, le vêtement jouait un rôle capital, à la ville comme sur la toile.

Lempicka dessinait des silhouettes modernes aux drapés géométriques et aux matières impeccables. Dans ce portrait, le chapeau noir à pois blancs transcende le simple accessoire de mode pour devenir le pivot architectural de la composition. Ses dimensions volontairement exagérées déploient une large voûte asymétrique qui couronne et encadre le visage incliné du modèle. Conçu dans une étoffe diaphane, ce couvre-chef - visible dans l'exposition - utilise un jeu de transparence subtil : il laisse filtrer la lumière et deviner la chevelure rousse flamboyante. Avec ses motifs modernes et son tissu diaphane, il protège la femme tout en lui procurant une aura mystérieuse.

Foujita, quant à lui, cultivait une allure de dandy associant les codes parisiens à une grande finesse graphique. Sa silhouette iconique reposait sur deux attributs indissociables ; coiffure et lunettes. Sa coupe au bol d'un noir de jais, dotée d'une frange droite coupée au cordeau, fusionne l'épuration de l'Art déco occidental et la pureté du graphisme traditionnel japonais. Sur ce visage géométrisé, ses célèbres lunettes rondes posent une touche très intellectuelle. 

Chez l'un comme chez l'autre, l'habit devient le prolongement direct de l'identité artistique.

Évoquer cet univers d'élégance est l'introduction idéale pour notre nouvelle saison culturelle.  Que ce soit en salle à Chartres ou en visioconférence depuis votre vestiaire, je vous donne rendez-vous à partir du 30 septembre. Contact : anne-chevee@orange.fr

A quoi ressemble la saison ART’Hist 2026-2027 ?

Deux cycles au programme

C'est la rentrée ! Reprise des séances mardi 29 septembre.

En salle à Chartres avec le cycle Tout connaître de Paris puis, sur place lors de visites guidées proposées en complément, nous allons explorer "l’art de rien" les quartiers situés entre le parc Montsouris et le cimetière du Montparnasse. Cette traversée du 14e arrondissement présentée en salle permet de découvrir un détail ou une anecdote sur le circuit choisi puis de le replacer dans le cours de l’histoire des arts. Elle est accompagnée de l’édition d’un livret-guide remis en fin de cycle (inclus dans l’inscription).

Pour cette saison, focus sur : des roses et des briques, la tombe d'un géant de quatre mètres, les traces du méridien de Paris, de discrètes impasses rythmées par des maisons d'architecte, des truites "truitomètres", l'incroyable réseau des catacombes, les amours de Lénine, un hopital transformé en prison sous la Révolution, les décors insolites des tombes du cimetière du Montparnasse, la Résistance sous l'occupation et la Libération en 1944 ...

                Horaires du cycle Tout connaître de Paris

                mardi : 14h à 15h - 15h30 à 16h30 (complet) / mercredi : 9h30 à 10h30 - 11h à 12h 

Le cycle Expos + offre un éventail varié des expositions parisiennes de la saison en cours : Cézanne et ses fans ; Zurbaran, l'éternel Tintoret ; Warhol dessinateur ;  les secrets de l'Alhambra nasride; l'indépendante Mary Cassatt, amie de Degas, 40 ans de mode au musée ...

L’inscription à la carte est proposée (uniquement) pour le cycle Expos+. C’est-à-dire la possibilité de choisir 5, 10, 15 ou 20 séances.

                Horaires du cycle Expos + 

               mercredi : 18h30 à 19h30 (quelques place disponibles) / jeudi : 20h30 à 21h30 (places disponibles) / vendredi : 9h30 à 10h30 (quelques places disponibles) - 11h à 12h (complet) - 14h30 à 15h30 (quelques places disponibles)

Pour enrichir chaque cycle : un résumé distribué en salle lors de chaque conférence sera complété par un document plus détaillé envoyé par mail et vous pourrez consulter un site dédié proposant divers liens (bibliographie, médias …)

Les séances peuvent être suivies en salle, à Chartres ou en visioconférence (en direct ou en différé).

Pour obtenir le programme détaillé, il suffit d'en faire la demande par mail à anne-chevee@orange.fr 

A bientôt !

Anne Chevée

Plumes uniques, éternelles ou éphémères

À la fin du 19e siècle, le paon est un motif incontournable, incarnant le luxe et le raffinement, notamment popularisé par les illustrations d'Aubrey Beardsley pour Salomé d'Oscar Wilde. Sa structure souple et ses ocelles graphiques en font un ornement idéal qui souligne la taille et épouse élégamment le corps des femmes.

Soucieux de restituer les nuances raffinées de la plume de paon, le maître joaillier bruxellois Philippe Wolfers associait volontiers des matériaux d'exception : or patiné, rubis et surtout opale, dont les reflets iridescents évoquent les effets du plumage.

Bien souvent considérées comme trop excentriques par la haute société de l'époque, ces pièces trouvèrent pourtant une ambassadrice de choix en la personne de son épouse Sophie, qui les portait lors des bals à Bruxelles.

Chaque création de Wolfers était unique. Grâce à ses registres minutieux conservés dans les archives belges, on sait qu’il brisait systématiquement les moules en cire ou en plâtre après fabrication, rendant toute reproduction impossible. Fait surprenant : lorsqu'une pièce ne se vendait pas lors des Salons internationaux, il la démontait lui-même pour récupérer les pierres précieuses. Quand la joaillerie flirtait avec l'art éphémère…

Cet hiver, le Petit Palais accueillera une exposition consacrée à la scène artistique foisonnante de la capitale belge dont l’influence marquera durablement les arts européens du tournant 20ᵉ siècle. Cette exposition sera présentée, en salle, à Chartres, lors du cycle Expos. 

Sous les pavés, l'éternité

À vingt mètres sous le pavé parisien, au cœur du plus grand ossuaire du monde, les Catacombes suscitent depuis le 19e siècle une fascination morbide qui ne s'est jamais démentie. Inauguré en 1809, cet étrange dédale séduit rapidement les amateurs de lieux insolites et mystérieux. L'exploration de ces anciennes carrières s'apparente alors à une véritable expédition. Guidé à la lueur de bougies vacillantes par des inspecteurs audacieux, le visiteur s'enfonce dans l'obscurité moite des galeries, un contraste saisissant avec l'effervescence des grands boulevards haussmanniens.

Cet « empire de la mort » devient vite le rendez-vous de la bourgeoisie romantique. Issu des vastes transferts qui ont vidé les cimetières parisiens à la fin du 18e siècle, ce spectacle saisissant est en réalité le fruit du travail titanesque mené par l'inspecteur Louis-Étienne Héricart de Thury.

Nommé en 1810, il métamorphose le dépôt chaotique en un véritable musée souterrain grâce aux « hagues ». Ces murets de pierres sèches, initialement conçus pour stabiliser les carrières, deviennent sous son impulsion l'ossature architecturale de l'ossuaire. S'appuyant rigoureusement sur ces hagues, il fait réagencer les millions de crânes et d'os longs en façades géométriques saisissantes, transformant les vestiges humains en une impressionnante tapisserie funéraire.

Ce décorum macabre est complété par des inscriptions, des maximes philosophiques et des monuments tels que le sarcophage du lacrymatoire. Pour guider ces touristes d'un genre nouveau à travers ce réseau complexe, un simple trait noir tracé au plafond sert de fil d'Ariane. Cette organisation minutieuse attire une foule considérable, incluant des figures illustres comme l'empereur d'Autriche François Ier en 1814, Napoléon III en 1860, ou encore le photographe Nadar, qui y capture la lugubre beauté des lieux.

Pourtant, cette curiosité frôle parfois l'excès, hier comme aujourd'hui. Sous le Second Empire, les autorités peinaient déjà à endiguer l'afflux de visiteurs indisciplinés, adeptes de fêtes clandestines et de pillages macabres. Face à ces débordements qui persistent à notre époque — où certains visiteurs n'hésitent pas à dérober des ossements dès que la surveillance se relâche —, la ville a dû réglementer strictement l'accès à ce royaume souterrain. En structurant l'espace autour de ses célèbres hagues et de ses murs d'ossements, le Paris du 19e siècle a finalement inventé un nouveau tourisme urbain : celui d'une intime et troublante confrontation avec l'éternité.

Un lieu présenté lors du cycle Tout connaître de Paris 2026-2027, plus d’informations ci-dessus.